La biodiversité menacée ?

Il y a bien des façons d’être en désaccord. La plus dangereuse est de croire, de part et d’autre, que l’on part des mêmes prémisses alors qu’ils diffèrent, car, dans ce cas, le désaccord ne peut apparaître que comme le fruit pourri de la pire mauvaise foi. C’est pour cela que certaines controverses religieuses ont abouti aux violences que l’on sait alors qu’en général elles mettaient face à face des hommes profondément bons et d’une très grande intelligence.

Moins dangereuse, mais beaucoup plus absurde, est le débat sans fin qui oppose des personnes dont les raisonnements n’ont pas de prémisses communes. Quel sens y-a-t-il, en effet bâtir une réfutation de ce que l’adversaire ne dit pas ? Pire, à quoi bon respecter la logique si, de toute façon, on ne répond pas plus à ce que dit l’autre que l’on attend de réponse de lui ?

Edward. O. Wilson

Le débat autour de l’écologie semble précisément être dans cette dernière impasse. L’article de Peter Foster, paru il y a une quinzaine de jours, dans le Financial Post, illustre fort bien l’aporie dans laquelle on se trouve de part et d’autre et tente, dans une certaine mesure, d’y remédier. En effet, il décide non pas de raisonner à partir de ses propres prémisses, mais de faire la critique de celles des autres.

Officiellement, selon la World Conservation Union (IUCN), nous dit-il, il n’y a eu que 785 disparitions d’espèces animales en cinq siècles (soit, 1,5 par an). Il ne se prononce pas sur chiffre. A l’évidence, il faut reconnaître que l’on ne peut percevoir la disparition que d’espèces bien identifiées, connues et visibles, ce qui ne signifie pas pour autant que d’autres ne disparaissent pas. Cependant, ce chiffre, même multiplié par dix, par cent ou par mille, reste très inférieur à celui qui est avancé par beaucoup d’autres. A n’en pas douter, même en considérant que nous ne sommes témoins que d’1 % des disparitions d’espèces (ce qui serait étrange si nous en sommes les principaux coupables), nous sommes loin des 30 000 (!) espèces censées s’éteindre tous les ans.

30 000 espèces ? Mais pourquoi 30 000 ? Peter Foster est donc parti à la recherche de l’origine de ce chiffre :

J’ai contacté le département de relation publique du Field Museum [de Chicago] et il m’a était réponde, dès le début que ce chiffre de 30 000 venait du travail d’Edward O. Wilson, un “scientifique de renommée internationale”. Certes. Mais E. O. Wilson n’est pas juste un chercheur d’Harvard titulaire d’un prix Pulitzer. Il a un passé scientifique controversé et assez intrigant.

Dans les années 70, le professeur Wilson a été au centre d’une violente bagarre universitaire à propos des implications du darwinisme dans la nature dans les sociétés humaines. Dans son livre Sociobiologie, le professeur Wilson affirmait que pour comprendre la société, nous avions à comprendre l’évolution de la nature biologique de l’homme [d'une façon incidente, l'ouvrage ne parle que très peu de l'homme]. Pour ces suggestions plutôt évidentes, il a été cloué au pilori par des universitaires marxistes comme étant un déterministe, un génocidaire raciste et un promoteur du statu quo capitaliste. Ces souillures furent particulièrement pénibles pour le professeur étant donné qu’il se considérait lui-même, comme la plupart des universitaires, particulièrement à Harvard, “de gauche”.

Tout cela n’est pas faux. Même l’adjectif “marxiste” n’est pas polémique dans la mesure où ceux qui sont qualifiés ainsi se revendiquaient tels. Il est d’ailleurs amusant de voir que c’est le plus connu de ces hommes qui faisaient du darwinisme marxiste, qui a été abondamment traduit et qui fait référence en France, sur le sujet…

Pour ce qui est de Wilson, il faut dire, sans ambiguïté, que les attaques dont il a été victime étaient une sombre saloperie, comme le reconnaissent largement la plupart de ses pairs (sauf en France). L’idée de Peter Foster, suivant en cela Ullica Segerstralle, est que Wilson, après avoir tant souffert d’être politiquement incorrect, est devenu une sorte de champion du politiquement correct écologiste. Chat échaudé craint l’eau froide, en quelque sorte. Il est d’ailleurs toujours surprenant de voir à quel point le monde écologiste (plus en France qu’ailleurs, mais ailleurs aussi) est schizophrène : on évoque Gaia, mais on oublie que Lovelock est plus que favorable à l’énergie nucléaire ; on loue l’”inventeur” de la biodiversité et on dénonce celui de la sociobiologie, mais on oublie que c’est le même, etc.

Mais, revenons à nos 30 000 espèces disparaissant chaque année. Comment Wilson est-il parvenu à ce chiffre ? C’est le fruit d’une série d’estimations, toutes légitimes par elles-mêmes, mais dont il est, simplement, plus que contestable de présenter le résultat final comme une vérité. Supposons que le rythme de l’extinction “normal” soit d’une espèce sur un million et qu’il y a, aujourd’hui, dans le monde, 30 millions d’espèces (moins de deux sont identifiées à ce jour), il y a donc 30 espèces qui s’éteignent chaque année. Il suffit donc à Wilson de considérer que le rythme d’extinction est, à cause de la modernité, mille fois supérieur au taux “normal”, et il obtient le fameux chiffre de 30 000 (chiffre incluant les bactéries, etc.)…

CQFD.

Ce chiffre n’est pas faux en soit, il est juste une évaluation haute. Evaluation très approximative et très haute, c’est tout. Finalement, même si les mots du Docteur Patrick Moore sont durs, ils ne sont pas faux : les 30 000 espèce qui disaparaissent, “ne sont, en fait, que des électrons sur un disque dur”…


Source : Financial Post.


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3 commentaires pour “ La biodiversité menacée ? ”

  1. “La plus dangereuse et de croire…” tsss!==>EST de croire

  2. Dans la première phrase, en plus :(

  3. [...] ses idées sont acceptées partout (ou presque). Le temps de la canonisation, pour le meilleur et pour le pire, est [...]

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