Mars, 2037

Mars n’a rien de curieux que je sache, ses jours sont de plus d’une demi-heure plus longs que les nôtres, et ses années valent deux de nos années, à un mois et demi près. Il est cinq fois plus petit que la Terre, il voit le Soleil un peu moins grand, et moins vif que nous ne le voyons ; enfin Mars ne vaut pas trop la peine qu’on s’y arrête.

Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Quatrième soir.

Pourtant, beaucoup, aujourd’hui, veulent s’y arrêter. Mais pour cela, il leur faudrait déjà s’y rendre… ce qui pourrait arriver dans un futur, somme toute, assez proche. En effet, la NASA annonce que pour l’année du centième congrès international astronautique, en 2057 donc, les hommes auront à fêter le vingtième anniversaire du premier pas de l’un d’entre eux sur Mars !

Mars

Gardons-nous de ne voir là qu’un bruit de couloir ou une rodomontade, comme il y en a tant eu. Cette déclaration a été faite par Michael Griffin, l’administrateur de la NASA à Hyderâbâd, en Inde, lors de la conférence inaugurale du cinquante-huitième congrès international astronautique, c’est-à-dire devant tout ce que le monde compte de personnes impliquées dans la conquête spatiale. Qui plus est, 2037, ce n’est “que” dans trente ans et il est probable que pour parvenir à marcher sur Mars il soit nécessaire de s’y décider fermement aujourd’hui. C’est donc pour de bon que la NASA prend cet engagement et sauf malheur inattendu, il est probable que la génération qui naît aujourd’hui grandisse avec ce rêve dans la tête.

Le fait que cela se passe en Inde est lourd de sens, alors que la concurrence entre les puissances asiatiques est de plus en plus tendue pour ce qui est de la conquête de la Lune. Il y a quelques jours, le 14 septembre, le Japon réussissait à mettre un satellite en orbite autour de la Lune. Début 2008, l’Inde devrait faire de même. La Chine de son côté ne cache pas sa volonté de prendre pied (au sens propre) sur la Lune, bien que le Japon reste celui qui met les plus de moyens sur la table de la conquête avec le projet Kaguya (478 millions de dollars — le plus gros budget depuis Apollo). Mais contrairement à Apollo, il ne s’agit plus de visite, mais de d’exploration et de colonisation comme l’indique, sans ambiguïtés, Keiji Tachikawa, président de l’Agence d’Exploration Aerospatiale Japonaise (JAXA).

Alors que la Lune est convoitée par des Etats qui n’avaient aucune existence spatiale à l’époque d’Apollo, il devient urgent pour les Etats-Unis de mettre la barre plus haute, s’ils veulent maintenir l’écart qui a fait, en partie, leur leadership intellectuel et scientifique en attirant à eux les élites du monde. C’est d’autant plus vrai que le secteur privé, lui aussi, s’intéresse à la Lune comme l’illustre très bien la récente initiative de Google (le Google Lunar X PRIZE). Certes, c’est là une occasion d’alléger le poids financier qui reposerait, sinon, exclusivement sur les épaules de contribuables qui ont bien du mal à voir leur intérêt, mais bien que Griffin encourage cette privatisation, elle n’en est pas moins le symbole d’une certaine banalisation de l’espace. Marcher sur Mars permettra de maintenir la conquête spatiale dans le domaine du rêve, ce qui est nécessaire pour justifier et permettre l’investissement moral et intellectuel des populations terriennes : il faut se souvenir des temps héroïques, de spoutnik, de Gagarine, d’Apollo, d’Armstrong…

Et l’Europe dans tout ça ?

Non… rien.

Source : Earth Times.


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