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Le pistolet à Grenelle anti-OGM

Un des traits les plus amusants de notre démocratie est sa capacité à faire cohabiter un dirigisme qui évoque plus une RSS qu’un état de droit occidental et une indécision qui frôle le pathologique. Le bavardage semble être le mode de prise de décision le plus noble aux yeux de nos élites. Une fois que l’on a assez bavardé, que cela a fini par lasser tout le monde, c’est-à-dire, en fait, quand les fonds destinés aux bavardeurs se sont taris, on prend une décision dans un sens souvent sans plus de raisons qu’on aurait eu de la prendre dans un autre (et, parfois, avec moins) et on l’applique par endroit avec une intransigeance totale, puis en d’autres, avec un laxisme digne du je-m’en-foutisme le plus splendide.

OGM

Le cas des OGM est assez symptomatique de cela. D’abord imposés comme une évidence, sans mêmes prévenir ceux qui pouvaient être à leur contact, ils font aujourd’hui l’objet d’une sorte de magnifique lâchage et il est permis voire encouragé, du moment que l’on est un « arracheur volontaire », de violer la propriété d’autrui, de détruire ses biens, de le pousser au suicide, le tout sous le regard vide et complaisant des caméras, des vaches et des gendarmes.

L’actuel président a décidé de courageusement régler le problème des OGM en se défaussant sur une sorte de débat participatif où les lobbies vont pouvoir s’affronter, enfin, bavarder : c’est le « Grenelle de l’environnement » (quelle confusion mentale pour aboutir à un tel nom, d’ailleurs !). Le but étant d’obtenir des propositions à partir desquelles une décision pourra être prise. Ces mesures seront proposées…

…par ces groupes d’experts composés de représentants de l’État, du patronat, d’ONG et de syndicats, qui ser[ont] négocié[s] dans le cadre de la table ronde finale prévue fin octobre, pour déboucher sur quinze à vingt programmes sur cinq ans.

En somme, il s’agit de réunir des professionnels du bavardage pour aboutir à des plans quinquennaux.

Bien sûr, ce « Grenelle » a des ambitions plus larges que celle de régler le problème des OGM (problème dont on se demande la nature, d’ailleurs), mais c’est celui-là qui polarise le plus l’attention des médias du fait de l’implication de nombreuses personnalités. Par exemple, le fameux Jean-Louis Borloo :

Hier matin, la FNSEA a choisi la stratégie de la chaise vide, tout comme le Gnis (groupement national interprofessionnel des semences), qui s’est contenté d’une déclaration avant de quitter la salle, lors de la toute dernière réunion. Une attitude qui se voulait une réponse aux propos de Jean-Louis Borloo laissant entrevoir un moratoire sur les ventes des semences OGM.

Jean-Louis Borloo, un esprit puissant et un homme d’un rare courage politique, n’aura sans doute pas de peine à comprendre que lorsqu’on a le pouvoir de décider et que l’on dit vouloir le faire dans tel ou tel sens, la discussion perd un peu de son intérêt. Le bavardage, pas tout à fait, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a des déclarations, des chaises vides, des portes qui claques, des « où est madame la marquise ? », des « ciel, ma femme me trompe ! » et pour se conclure sur « les décors sont de Roger Hart et les costumes de Donald Cardwell ».

Evidemment, ces gens-là ont une très haute idée de la politique et de la science :

Il faut construire une « science qui réponde aux questions que se pose la société »…

Diantre ! La société poserait des questions ? La société ou bien ceux qui parlent au nom de tous sans demander l’avis de personne ? Et puis, faut-il faire de la science une pure technique dont le but serait d’exécuter les ordres de la « société » ? Je trouve qu’il y a là quelque chose d’inquiétant dans cette vision purement instrumentale de la science. D’ailleurs, cette inquiétude trouve sa confirmation au regard de certains projets :

…tous les participants sont tombés d’accord pour que soit créée « une haute autorité unique donnant des avis au gouvernement sur chaque OGM ». Cette dernière disposerait « d’une expertise pluridisciplinaire, d’une expertise citoyenne et des moyens propres », précise le rapport.

Nous y voilà. La société, c’est cette haute autorité. Ce que ces gens souhaitent, c’est que les OGM, voire la science dans son ensemble, soit soumis à leur autorité, à leur « expertise citoyenne », c’est-à-dire, à une vision strictement morale et utilitaire de la science.

Source : Le Figaro.



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3 commentaires pour “ Le pistolet à Grenelle anti-OGM ”

  1. Ce que je ne comprend pas , c’est pourquoi les scientifiques ne sont ils pas capable de repondre a la question de l’influence des ogm sur la santé ? science et politique ne devrait pas se melanger…  

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  2. Je crois qu’il y a trois choses. Tout d’abord, il est plus difficile de prouver l’absence d’une chose que sa présence. D’un chien qui a mordu, on peut dire qu’il est dangereux (dans un contexte donné), d’un chien qui n’a pas mordu, on ne peut pas dire qu’il ne mordra pas, un jour, sous certaines conditions (il n’est donc ni « pas dangeurex », ni « dangereux »).

    De là vient le problème du cadre dans lequel on s’exprime :

    — Ce chien n’a jamais mordu, donc on ne peut pas affirmer qu’il est dangereux
    — Ah, pardon, mais il pèse 20 kilos et si on le laisse tomber d’une hauteur de 15 m. sur un enfant de 5 ans, étant donné son poids, il a 23,7 % de chance de causer la mort de ce dernier. Plus d’une chance sur cinq de tuer un enfant, un pauvre enfant innocent, vous osez dire qu’on ne peut affirmer qu’il est dangereux ?

    Ce raisonnement semble absurde, il est pourtant courant. Souvenons-nous des reportages sur le plomb dans la peinture murale qui provoque le saturnisme chez les enfants ! Chez les enfants qui mangent la peinture, ce qui n’est pas, on l’admettra, l’usage canonique.

    En somme, si on place dans le cadre « normal », il semble qu’il y ait un consensus de la part des scientifiques pour dire que si les OGM posent un problème, ce n’est pas celui de la santé publique. D’ailleurs, les anti-OGM l’admettent souvent à demi-mot quand ils dénoncent la main-mise de grosses entreprises sur le secteur agro-alimentaire comme étant la conséquence des cultures d’OGM. Je ne dis pas, d’ailleurs, qu’il n’y a pas de problèmes, éventuellement. Mais ce sont des problèmes économiques, pas scientifiques.  

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  3. D’accord avec ce point de vue : le problème est politique et économique. Le « gel » des cultures OGM fin octobre m’a fait sourire : juste un prétexte pour retarder l’échéance d’une décision à prendre !

    Concernant le volet scientifique il est en effet plus dur de prouver l’inocuité totale des OGM, surtout qu’il n’exite pas un type d’OGM mais plusieurs cultivars proposés. Et je ne fais que parler d’OGM de plantes cultivées, de PGM, comme dans ce billet.

    Bonne continuation,
    Fulmar  

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