La Grande Cybermuraille de Chine
Tous ceux qui se sont intéressés au problème de la censure savent qu’elle est surtout efficace quand il n’y a personne à censurer. La meilleure censure est celle qui agit dans les esprits, pas dans les journaux. Au fond, l’auto-censure est la seule à véritablement fonctionner. La contrainte physique n’empêche rien. La contrainte morale agit sur tout et sur tous. C’est pour cela, d’ailleurs, que le politiquement correct est une menace bien plus grande pour la liberté d’expression que les autodafés.

Le gouvernement chinois est sans doute l’un des plus pragmatiques et des plus dépourvus de scrupules de toute la triste histoire de l’humanité. Inutile de dire, donc, que ses choix de censure ne sauraient être autres que rationnels, avec la recherche de l’efficacité pour seul mot d’ordre. Or, comme il a été dit plus haut, l’auto-censure est préférable à la censure. A la fois parce qu’elle fonctionne mieux et parce qu’elle n’a pas l’effet pervers de révéler la nature du régime qui en use. Mais comment l’obtenir ? Il n’y a guère que deux moyens : faire peur ou convaincre ; et souvent, en faisant, peur, on finit par convaincre, car celui qui refuse d’assumer sa peur a tout intérêt à se convaincre que ce n’est pas elle qui le fait taire, mais la conviction profonde en la Vérité.
Mais qu’en est-il dans les fait ? C’est à la description de la réalité de la censure chinoises que des universitaires de l’Université du Nouveau-Mexique se sont attachés récemment :
Les chercheurs ont développé un outil automatique appelé ConceptDoppler pour faire office de bulletin météo des changements de la censure en Chine. ConceptDoppler utilise des techniques mathématiques pour grouper les mots selon leur signification et identifier les mots clefs qui sont sans doute mis sur liste noire.
La plupart des pays pratiquant la censure sur Internet — c’est-à -dire presque tous — le font d’une façon simple et directe, par le blocage de certains sites. Le système chinois de censure fonctionne différemment, il consiste à filtrer le Web à partir de mots clefs spécifiques puis de bloquer ponctuellement les pages Web associées à ces termes.
En 2006, une équipe de l’Université de Cambridge a découvert que quand le système chinois détectait un mot interdit parmi le flux de données parcourant le réseau, il envoyait une série de trois “reset” à la fois à la source et à la destination. Ces “reset” rompent, de fait, la connexion. Mais ils permettent, aussi, aux chercheurs de tester les mots et de voir les quels sont censurés.
A la suite de ces découvertes, l’équipe américaine a pu déterminer que ces mots étaient repérés d’une façon particulièrement erratique et, parfois, alors que les pages qui les portent sont déjà en circulation au sein du Web chinois. L’image de la Grande muraille de Chine n’est bel et bien qu’une image (bien qu’il y aurait beaucoup à dire sur le fonctionnement réel des lignes de défense de ce type).
Toutefois, ce système n’est pas aléatoire, il censure à partir de mots précis, comme ces mêmes chercheurs l’ont montré en étudiant le Wiki chinois. C’est particulièrement pervers, car cela retire des pans entiers du savoir :
“Imaginez que vous voulez retirer de l’histoire du massacre de Wounded Knee de la Library of Congres. [explique Jed Crandall] Vous pouvez retirer Enterre mon cÅ“ur à Wounded Knee [un bon livre, soit dit en passant] et quelques autres livres choisis ou vous pouvez retirer de la bibliothèque tous les livres où il y a le mot massacre.”
La méthode chinoise s’apparente à la seconde technique. Du coup, passer par un serveur miroir ne sert pas à grand-chose, mais, heureusement, du fait de la masse des pages à filtrer, beaucoup mettent du temps à être bloquées… Toutefois, leur blocage n’est qu’une question de temps, il ne reste donc aux utilisateurs chinois qu’à éviter certains mots. Cela peut très bien n’avoir aucun effet, voire un effet positif en poussant à l’inventivité (utilisation de BD, de langage imagé, etc.), cela peut, tout autant, faire disparaître parmi les masses la mémoire de certains mots. Or, nous habitons notre langage, nous pensons dans ses limites et notre liberté s’inscrit dans celle de notre pensée. Il devient donc évident que cette censure perverse aura des résultats très négatifs sur la perception que les Chinois auront de certains des concepts qui nous sont chers…
Source : Government Technology.
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12 septembre 2007 à 19:46“comme il a été dit plus” il manque “haut”.
12 septembre 2007 Ã 19:48Thx.
13 septembre 2007 à 2:55Petit aperçu du fonctionnement de cette censure à l’utilisation par un résident pékinois :
- tout page contenant le mot “wiki” dans son URL est bloquée
- une recherche sur google images n’affiche que la première page de résultats, ensuite toutes les images sont bloquées.
- Certaines plages d’ip sont aussi bloquées : il est très difficile d’accéder aux pages perso free par exemple
- les E-mails ont un fonctionnement erratique, arrivent systématiquement en retard ou pas du tout, ce qui laisse supposer qu’ils sont analysés aussi, bien sûr.
Ce que font les gens pour l’éviter (à savoir que la majorité des chinois ne sont pas assez éduqués pour comprendre ne serait-ce que le début des concepts impliqués) : utiliser un proxy à flux crypté, comme une connexion SSH à une machine fiable ou tout simplement installer TOR (c’est la première chose que tout le monde fait en achetant un pc).
Moralité : comme il est très bien expliqué dans l’article, la censure n’a pas beaucoup d’effet, par contre le lavage de cerveau si.
13 septembre 2007 à 5:24Ah, et j’oubliais : les sites d’hébergement de vidéo sont bloqués… à part youtube. Je n’ai toujours pas compris pourquoi.
D’autant plus que google video est bloqué non pas côté chinois, mais les IP chinoises sont filtrées par google vidéo qui refuse d’envoyer le flux.
Bel exemple de résistance à la censure de la part de google, mais bon, c’est pas le premier.
13 septembre 2007 Ã 8:41La censure n’est pas la seule utilisation amusante que le gouvernement chinois a de l’internet.
Voir le lien si dessous pour en savoir plus sur un MORPGG “moral” édité par le ville de Ningbo.
http://online.wsj.com/article/SB118946475117723087.html