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Les fins du monde

A mon sens, la plus grande faveur que le Ciel nous ait accordée, c’est l’incapacité de l’esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l’infini, et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages.

Ces phrases de Lovecraft, qui ouvrent L’Appel de Cthulhu, Michael Anissimov pourrait la reprendre à son compte pour résumer l’opinion à laquelle il doit s’affronter quand il veut réfléchir à la possible extinction de l’humanité. Il faut admettre qu’il y a des sujets plus gais que celui-là…

La fin du monde dans son bureau

En effet, il y a des sujets plus gais, mais guère de plus importants dans leur objet d’étude… Pour Michael Anissimov, il faut pouvoir, pour y réfléchir, garder la tête aussi froide et être aussi détaché que possible. Ce n’est guère évident, il l’admet volontiers, mais c’est nécessaire. Bien sûr, en la matière, nulle étude de cas a posteriori n’est concevable, cela va de soi. Il faut donc penser à partir de simulations, dont certaines donnent lieu à des créations particulièrement, impressionnantes :


Face à une telle menace, il n’y a guère que la raison qui puisse répondre. La peur, la dénégation ou l’humour sont, elles, les pires solutions qui soient. Or, comme le fait remarquer l’auteur :

La réaction de la plupart des adultes éduqués au risque d’extinction me rappelle la réaction des enfants lors les cours de biologie de mon collège quand ils entendaient le mot « pénis » : des ricanements d’adolescents. Si je suis devant un auditoire pris au hasard et que je commence à parler du risque d’extinction quand ils ne s’y attendent pas, en utilisant des mots comme « destruction de la planète », il est probable qu’ils commenceront à ricaner, au moins dans leur for intérieur.

J’ajouterai, de mon côté, que ce n’est pas là le seul sujet qui amuse. Il y a l’intelligence artificielle, les robots autonomes, les modifications génétiques et cybernétiques appliquées à l’homme, la colonisation spatiale, etc. Le vol des plus lourd que l’air a, lui aussi, en son temps, fait beaucoup rire.

Il faut dire que les médias se font l’écho d’une nouvelle et terrible menace qui pèse sur la Terre presque toutes les semaines… pour l’oublier quinze jours après alors qu’elle faisait leur couverture ou leur une ! Face à ceux-là, en effet, il vaut mieux ricaner, mais ne nous retrouvons-nous pas dans la situation délicate où, tout le monde criant au loup tout le temps et à tout propos, il devient presque totalement impossible d’entendre ceux qui ont vraiment vu la bête ?

Maintenant, pour ce qui est de définir les réelles menaces qui pèsent sur notre civilisation, notre existence ou celle de notre planète, il est nécessaire de réfléchir à la fois dans le temps long et en embrassant tous les secteurs de la pensée, ce qui demande des esprits d’exception.

Le problème auquel on risque de se heurter, dans le cadre une telle démarche, est celui du risque zéro. Prenons l’exemple montré par la vidéo, je n’en connais pas la probabilité, ni s’il est possible de s’y opposer, mais supposons que la première soit non nulle et que le second, même infiniment coûteux et long à mettre en place, existe : ne risque-t-on pas, alors, au nom du risque zéro et du devoir de précaution, d’accepter, sans rechigner, toutes les dépenses, voire les limitations de liberté ? Pourtant, le risque d’un tel événement est infime et les progrès faits peuvent rendre caduc ce qui aura était construit à grand frais avant même que ce ne soit terminé. Le même problème existe, d’ailleurs, pour le réchauffement climatique, il faut le noter.

En somme, la connaissance d’un risque le fait, en quelque sorte, exister. Nous traversons tous les jours des rues encombrées, ou nous prenons nos voitures, des bus, des avions, etc. Nous faisons cela sans y penser, mais si nous connaissions exactement les risques (infimes, pourtant) de chacune de ces activités, serions-nous aussi sereins ?

Source : Accelerationg Future.



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