Carnivorophobie ou la haine des mangeurs de viande
Il y a bien une chose qui m’énerve, c’est la capacité de certaines personnes à transformer leurs choix personnels, dont il ne me viendrait pas à l’esprit de contester la légitimité, en une idéologie militante. Je viens d’en trouver un bel exemple en la personne de George Dvorsky qui part en guerre contre ceux qui osent manger de la viande…

George Dvorsky est une personnalité importante du transhumanisme. Il participe à de nombreux groupes de réflexion, il a des responsabilités sur plusieurs sites Internet de cette mouvance, etc. C’est aussi un homme qui fait de ses préférences culinaires une sorte de norme théorique applicable à tous…
Il n’y a pas d’excuse pour manger de la viande.
Toutes les justifications pour le faire — y compris les rares qui tentent d’avoir un sens — sont faibles dans leur totalité. Il n’y a pas d’excuses possibles pour contrebalancer les dommages et la souffrance causés en consommant de la viande.
Et là , ce n’est que la fin d’une tirade passablement excitée…
Toutefois, si la forme et l’intention qui animent ce texte n’ont pas grand-chose d’estimable, on ne peut ignorer les arguments qu’il avance contre ce qu’il considère être de mauvaises excuses. Les justifications de la consommation de nourriture carnée, quand elles deviennent nécessaires (on réfléchit rarement à justifier ce qui se passe dans son assiette), sont diverses. George Dvorsky en dénombre sept :
- “Les humains ont évolué avec la capacité de manger de la viande, alors, c’est justifié.”
- “Les humains ont évolué avec la capacité de manger de la viande, alors, c’est nécessaire à un régime sain.”
- “Devenir végétarien est trop difficile et je ne trouverai jamais rien à manger.”
- “Prendre la vie d’un animal n’est pas cruel parce qu’ils sont insouciants, stupides et, probablement, même pas conscients d’eux-mêmes.”
- “Le bétail n’est pas mal traité.”
- “Manger de la viande n’est pas mauvais pour l’environnement.”
- “Manger de la viande est un choix personnel, et du moment que je respecte votre désir de ne pas manger de viande, j’apprécierais que vous respectiez mes préférences.”
De tous ces points, les deux premiers m’intéressent pour les questions qu’ils posent et le dernier pour la réponse que donne George Dvorsky.
Le premier et le second points posent la question de la légitimité de la justification d’une pratique devenue sociale, politique, etc. (puisque, de fait, nous sommes des êtres sociaux, politiques, etc.) par la nature. Est-ce que ce qui est naturel est forcément bon et nécessaire, pour le dire autrement. La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il semble vouloir le dire. Certes, la nature peut justifier la plus grande violence, et en cela il faut se méfier de cet argument, mais elle met aussi des freins à la démesure qui peut nous tenter. Et, en lui mettant des freins, elle l’empêche de chavirer dans le fossé, pas d’aller plus loin.
En posant l’opposition radicale d’une nature par delà le bien et le mal, c’est-à -dire, du point de vue d’un Occidental du XXIème s., mauvaise, et d’une culture qui devrait s’opposer à elle, il omet de dire que la culture a des racines naturelles profondes. Il croit ou feint de croire que tout peut être (re)construit, que le monde et l’homme sont malléables, qu’il suffit de changer les lois pour changer les mÅ“urs, qu’il n’y a pas d’homme, mais une pâte dont on peut faire ce que l’on veut. C’est cela qui explique sa réponse à la septième objection. Le détour qu’il fait (en citant Colleen Patrick-Goudreau) par la défense d’un tiers qui serait l’animal n’est là que pour qu’il puisse se leurrer (et nous leurrer) :
“Le problème avec cette justification [la n° 7] est qu’elle suppose qu’il n’y a pas de victime, pas d’autre. Cela implique que le désir, les traditions, la culture ou le goût du mangeur de viande sont supérieurs à toute chose — ou toute personne —et pour cela il est absous du mal qu’il cause en mangeant de la viande.”
Mais en vérité, ce qui importe à Colleen Patrick-Goudreau et, à travers elle, à George Dvorsky, c’est bien de changer des hommes qui ne veulent pas l’être.
Je crois, au fond, qu’il y a deux formes de transhumanisme et que ce texte, bien que ne traitant pas de ce sujet, montre très bien à travers la personnalité de son auteur, l’une de ces deux formes. La première forme croit à l’infinie perfectibilité de l’homme. L’homme peut et doit être amélioré, sa souffrance allégée, sa vie allongée, facilitée, etc. Ce transhumanisme n’est, au fond, que la poursuite des buts de l’humanisme classique par d’autres moyens (je dis bien humanisme classique qui n’a rien à voir avec l’”humanisme” actuel). La seconde, et c’est à celle-là que George Dvorsky appartient, ne croit tout simplement pas en l’existence de l’homme : il n’est qu’une construction sociale et biologique abstraite que l’on peut modifier à merci. La tabula rasa n’est même pas une possibilité dans cette perspective, elle est la réalité permanente. Son but n’est pas que l’homme s’accomplisse en se dépassant, mais de dépasser l’homme en l’abolissant.
Source : Sentient Developments.
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10 août 2007 à 13:27Ce que certains sortent comme débilités pour se faire de l’argent ! Mais sérieusement, tout est magistralement orchéstré dans la nature, alors si l’Homme mange de la viande, c’est qu’il doit le faire.
Le steak sur la photo m’a drôlement fais baver !
10 août 2007 à 13:50Très bon commentaire, c’est un sujet auquel je pense depuis quelque temps car je me retrouve dans un environnement composé à au moins 20% de végatariens/végétaliens.
Assez égoïstement c’est moi qui fait figure d’intolérant : je tiens l’idée, très subjective et peu étayée, qu’être végétarien est le summum de l’arrogance. Ou du moins un certain type.
Le végétarien qui ne supporte pas de manger de la viande, ou qui n’aime pas la façon dont on tue les animaux est facile à comprendre. Celui qui refuse dans l’absolu la notion de consommer de la viande pour soi et pour les autres sous-entend deux choses :
- Une hiérarchie entre les plantes et les animaux. Sérieusement, au sein d’un discours transhumaniste ou autre, qui prône une déconstruction des acquis culturels, pourquoi maintenir ces distinctions éminemment sociales ?
- Surtout, une hiérarchie entre l’humain et les autres animaux. De quel droit devrions-nous nous considérer tellement “différent” des autres animaux que le droit d’en consommer nous serait retiré ? C’est s’extraire du cycle d’où nous sommes nés pour devenir des êtres qualitativements supérieurs, et non pas seulement évolutivement différents.
En bref, être militant végétarien c’est en réalité soutenir un absolu de l’être humain et l’existence d’une frontière entre nous et le reste de la création/nature. Si jamais je devais cesser de manger de la viande, ce serait pour de toutes autres raisons - telles que la nature de l’industrie alimentaire actuelle.
10 août 2007 à 15:24Ce n’est pas une photo de steak, c’est une tentative de manipulation des lecteurs pour qu’ils cliquent
11 août 2007 à 23:39Il ne reste plus qu’à lancer une pétition intitulée : “tous ensemble contre le totalitarisme végétarien/végétalien!”
27 août 2007 à 21:03Effectivement, Pangel, il y a de quoi être écoeuré par la nature de la viande et des produits laitiers sur le marché!!!
17 janvier 2008 Ã 19:01MANGER DE LA VIANDE DE FACON RAISONABLE
Il me semble qu’il n’est pas obligé d’aller dans les extrêmes et de devenir végétarien. On peut manger de la viande, mais dans le respect des écosystèmes et en limitant la souffrance animale.
Ca ne me choque pas de mettre au pot une poule ayant eu une vie de poule, à qui on a donné à manger de bons résidus agricoles ou alimentaires et qui vient de la ferme d’à côté.
Quand aux soja OGM, en europe, on n’est pas obligé d’en manger pour avoir des protéines. Pourquoi ne pas déguster nos bonnes petites lentilles régionnales ?
Bien sûr, après c’est chacun sa sensibilité, chacun son choix.
18 janvier 2008 à 12:13Le respect des écosystèmes, la limitation des souffrances animale et la poule au pot qui a, derrière elle, toute une vie de ponte à la ferme, tout cela est fort bon, mais absolument impossible avec la population actuelle et cela le sera encore moins quand elle aura encore augmenté…
Et cela, sans même aborder le problème des exigences d’abondance et de faibles prix d’une partie de la population (et son culte de la pseudo-maison individuelle, i. e. l’immeuble couché pavillonnaire).
Je ne vois donc pas vraiment d’alternative, aujourd’hui, aux tendances lourdes qui dominent depuis la Seconde Guerre mondiale.
18 juin 2008 à 3:42[...] mettre en parallèle avec les tentatives de PETA (et aussi avec la carnivorophobie de [...]