Les biocarburants contre l’agriculture ?

Les biocarburants sont souvent présentés comme la panacée. Pourtant, la réaffectation des terres que la culture de leur matière première implique ne va pas sans conséquence. Car, à moins de créer des surfaces cultivables, il faut bien utiliser différemment celles qui existent déjà. Notez bien que la culture de plantes OGM en pleine ville et hors sol pourrait être une solution valables — la campagne à la ville, quoi ! Mais en attendant cela, il faut se contenter des surfaces cultivables disponibles dont le prix, c’est-à-dire le résultat du jeu de l’offre et de la demande, révèle bien des choses…

Biocarburants

L’idée selon laquelle la production de biocarburants pourrait être une solution implique qu’il y ait abondance de terres disponibles pour de telles cultures. Les Etats-Unis sont considérés comme l’un des pays qui disposent le plus de terres libres. Or, l’offre n’est sans doute pas si grande que cela puisque l’augmentation du prix de la terre y est particulièrement conséquente. Il en découle, bien sûr, des difficultés pour s’installer ou se développer dans ce secteur comme le rapporte Monica Davey du New York Times :

La montée en flèche des prix, particulièrement dans des états comme l’Illinois, l’Iowa et le Nebraska, étourdis par la promesse du bioéthanol, crée un nouvel optimisme parmi les fermiers installés. Mais pour les fermiers les plus jeunes, déjà rares dans cette profession, ou pour les petits fermiers rêvant d’expansion et de mettre la main sur un peu de la manne de l’éthanol, les nouvelles sont plutôt inquiétantes.

Cela provoque, bien évidement, un vieillissement de la population agricole :

Bien sûr, les fermiers sont vieillissants. En Iowa, près du quart des terres agricoles est possédé par des personnes de plus de 75 ans, dit Michael Duffy, un économiste agricole de l’Université d’Etat de l’Iowa. Un autre quart est possédé par des personnes âgées de 64 à 74 ans.

Mais au-delà de ces conséquences inquiétantes, il y a aussi celles du changement d’affectation de ces terres qui, jusque-là, étaient consacrées à produire, directement ou non, de la nourriture. Il y a donc non seulement une fragilisation de la structure économique, mais aussi un affaiblissement potentiel de la capacité d’auto-subsistance des E.-U. On retombe très précisément sur le dilemme “biocarburants contre nourriture” mis en évidence par V. D. Hanson :

Si les centaines de raffineries de bioéthanol prévues sont construites, les E.-U. pourront très rapidement produire à peu près 114 millions de litres d’éthanol de maïs par an, en utilisant un acre sur quatre pour cultiver du maïs. Le dilemme nourriture ou carburant apparaît partout dans le monde, en Europe comme en Amérique du Sud, dès qu’on commence à réaffecter la surface consacrée à la nourriture pour du maïs, du soja ou du sucre destiné à la fabrication de biocarburants.

Les biocarburants seront, certainement, une très bonne chose… si on se montre moins aveugle avec eux qu’avec le pétrole. Or, en expliquant, sommairement, qu’il n’y a aucun effet négatif et que cela résoudra tous les problèmes, ceux qui les prônent ont souvent un discours encore plus caricatural que celui des lobbyistes du pétrole.

Source : New York Times.


Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Articles liés

Schizodoxe est la porte. Schizodoxe est la clef et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Schizodoxe…
Écrire à cet auteur | Tous les billets de Schizodoxe

7 commentaires pour “ Les biocarburants contre l’agriculture ? ”

  1. Salut,

    Il semblerait que les américains, les brésiliens et quelques autres surement travaillent sur de nouveaux types de plantes sources de biocarburant. Celles-ci auraient un rendement beaucoup plus élevé que celles utilisées de nos jours (8 à 10 fois plus) et surtout pousseraient dans des milieux inadaptés ou mal adaptés aux cultures vivrières, en gros des zones sèches ou semi desertiques…il y a peut-être de l’espoir finalement!

    hu-man

  2. Le problème des biocarburants et des énergies “propres” (bois énergie par exemple), c’est qu’ils prélèvent une ressource jusque là exploitée par une filière bien particulière.

    Par exemple, je travaille dans le bois, et je me rend compte que le bois énergie a du mal à se mettre en route car il puise dans le stock de matière première des papetiers. Je suppose que dans l’agriculture, le fonctionnement est quasi identique…

    Cordialement

  3. Hu-man (content de te relire :) ) : tout à fait. Il existe plein d’optimisation possible des rendements et même l’utilisation de la mer comme milieu de culture. On n’en est qu’au début et les solutions sont très rudimentaires. Mais ça change.

  4. Le problème actuellement c’est que les avancées n’ont pas encore eu lieu dans le domaine des biocarburants et ont utilise aujourd’hui comme il est dit dans l’article les mêmes produits pour l’alimentation et le pétrole. Et même avant qu’il y ai un problème au niveau de la quantité de ressource alimentaire disponible, on assiste déjà à un problème de prix. Au brésil, les plus pauvres ne peuvent plus s’acheter les galettes (de maïs je crois) car le prix a grimpé très rapidement.

    Il y a aussi le fait que ce sont des entreprises qui commercialisent ce carburant, ils choisissent donc les terres ou ça pousse le mieu afin d’augmenter la rentabilité et qui sont donc les mêmes que les terres utilisées pour la nourriture. Il n’y a aucune raison que ça change. Il n’y a même aucune raison qu’elles se cassent la tête à trouver d’autres endroits ou les faire pousser, même dans l’eau je pense que ça couterai beaucoup plus cher à récolté que sur terre. Ils n’y verraient donc aucun interet.

    Dernier point, on dit souvent que ces carburants sont écologiques pas parcequ’ils rejettent moins de CO2 mais parce qu’en théorie, une partie du CO2 rejeté est capté par les plantes qui servent à la production de ce biocarburant. Hors on risque plutot d’assiter à une reconversion des cultures agricole vers des cultures à destination des biocarburant d’ou la même quantité de plante qu’on avait jusqu’à aujourd’hui.

    Je pense que l’émergence de ces biocarburants vient plus d’une volonté des sociétés pêtrolières que des groupes écologistes.
    Et que les premiers touchés seront encore une fois les plus pauvres qui ne pourront même plus s’acheter la nourriture de base comme ça se passe au brésil.

  5. Oh ! Hu-man ! Dans mes bras !

    Oui, enfin, pas trop près non plus :D

  6. Welcome back Hu-man

    sinon, il me semble que le probleme principal du bio-fuel a base de canne a sucre est qu’il a besoin d’un traitement special pour etre converti en Ethanol, et qu’il existe une alternative du nom de Switchgrass et dont la transformation en ethanol ne requiert pas de maneuvre aussi intensive.

  7. Thibault, que pensez-vous de l’utilisation des déchets du bois pour fabriquer de l’hydrogène ?

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>