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1941 : comment faire la différence entre un Chinois et un Jap ?
Après l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, un très fort courant antijaponais s’est développé aux Etats-Unis. Si fort que l’internement, dès février 42, des Nippo-Américains, très présents, notamment, en Californie, est apparu comme la seule solution pour à la fois calmer la population anglo-saxonne et pour protéger les citoyens américains d’origine japonaise.
Entre-temps, il fallait non seulement protéger les Nippo-Américains, mais aussi éviter que le premier Asiatique venu ne fasse les frais de la colère populaire. C’est ainsi que le consulat chinois, la Chine étant en guerre avec le Japon et allié des E.-U., a pris l’initiative de distribuer des macarons distinctifs à leurs ressortissants et que le magazine LIFE a décidé de publier un article dont l’objet était de dire les différences physiques qu’il y a entre un Japonais et un Chinois, tout en évitant de dériver vers le racisme :

Pour les anthropologues physiques, dévoués à discréditer les mythes de la race, la différence entre les Chinois et les Japs est mesurable en millimètres. Les deux sont parents des Esquimauds et des Indiens d’Amérique du Nord. Le Jap moderne est le descendant des mongoloïdes qui ont envahi l’archipel japonais dans les brumes de la préhistoire, et des aborigènes qui occupaient les îles avant eux. L’anthropologie physique, par conséquent, considère les Japs et les Chinois comme aussi proche que les Allemands et les Anglais. Il est possible, toutefois, de mettre en exergue des types spéciaux pour chaque groupe national.
Le Chinois du Nord typique, représenté par Ong Wen-hao, Ministre des Affaires Economiques ([en haut à droite]), est relativement grand et d’une constitution fine. Son teint est jaune parchemin, son visage long et d’une ossature délicate, la racine du nez est fine. Le représentant de l’ensemble du peuple japonais est le Premier ministre et général Hideki Tojo ([en haut à gauche]) trahit ses antécédents aborigènes par un torse très large et ramassé, une tête plus large et un visage à l’ossature plus massive, un nez plat, souvent écrasé, une peau jaune ocre et une plus grande pilosité. De ce type moyen, les aristocrates Japs, qui revendiquent une parenté avec la Maison Impériale, s’éloignent fortement. Ils sont fiers d’approcher les traits patriciens du Chinois du Nord.
L’article en question ne se borne pas à ces deux exemples puisque sont opposés, aussi, des frères chinois de grande taille à des amiraux japonais courts sur pattes…
Un tel article, en plus de son intérêt purement historique, illustre comment une société a tenté de faire face à une vague de racisme très large et, surtout, aveugle puisque pouvant viser des gens considérés par leurs agresseurs potentiels eux-mêmes, comme innocents… Protéger les Nippo-Américains était faisable. Protéger tous les Asiatiques aurait été difficile, offensant pour les alliés et dangereux puisque créant un amalgame entre les uns et les autres (l’ennemi désigné n’étant plus le Jap, mais le Jaune). Cet article de LIFE, pour choquant qu’il puisse paraître aujourd’hui, part d’une bonne intention : laisser à l’Etat la protection des Nippo-Américains et empêcher que la violence aveugle ne vise d’autres personnes. De plus, cet article est, explicitement, étranger au racisme. En évoquant le bon Chinois et un mauvais Jap en parallèle avec le bon Anglais et le mauvais Allemand, en précisant que ces deux oppositions se font chacune au sein d’une même race et que les traits physiques ne signifie rien d’autres qu’eux-mêmes, LIFE met bien en avant que la guerre avec le Japon n’est en rien une guerre de races, mais une guerre aux motifs politiques dont les protagonistes sont les nations.
Toutefois, LIFE ne peut pas non plus mentir au lecteur : oui, les Japonais sont des asiatiques… Il y a là une sorte de dilemme dont la solution trouvée à cette époque, l’internement des Nippo-Américains, était l’une des plus mauvaises. Même J. Edgar Hoover, le directeur du FBI, qui n’était pourtant pas un modèle de laxisme et de douceur, considérait la mesure douteuse. Hoover avait, de son côté, préparé l’arrestation plusieurs centaines d’éléments politiquement dangereux (dès le 10 décembre 1941, sont détenus : 1 291 Japonais, 857 allemands et 147 Italiens). Il considérait cela comme suffisant (même si ces chiffres ont augmenté par la suite) et il était opposé à l’internement de masse.
Ce dilemme se retrouve, aujourd’hui, au sein des sociétés occidentales qui font face à la menace (plus qu’au danger) du terrorisme islamiste. Il prend, de nos jours, cette forme : les terroristes islamistes sont musulmans, les musulmans sont, en général, originaires de pays musulmans, la plupart des pays musulmans sont peuplés de gens qui ne sont pas ethniquement européens, lutter contre le terrorisme est-il raciste ? La lutte contre le terrorisme ne peut-elle dériver vers le racisme ? Cette histoire de l’internement massif des Japonais doit servir d’élément de réponse, selon moi. Elle montre très clairement… ce qu’il ne faut pas faire, même sous des formes différentes (car nul danger d’internement massif, bien sur) et inédites (fichage, flicage, surveillance généralisée, etc.).
Source : Modern American Poetry via Antropology.net.
















12 août 2007 à 12:25ACHTUNG! Les deux sont indiqués comme « en haut à droite ».
Excellent blog au deumeurant. Caca De SingeCiter
12 août 2007 à 17:14Ach… Pourtant, d’habitude, j’arrive très bien à différencier le bras qui tient le Ricard de celui qui prend les cacahuètes !
SchizodoxeCiter
13 août 2007 à 0:55Aaah douce ironie, vous aurez rectifié « demeurant ». caca de singeCiter
19 août 2007 à 1:27thanks for your visit gmttzyCiter
19 juin 2008 à 9:00
28 novembre 2008 à 11:56