Y a-t-il un (cyber)espace pour Dieu ?

Ad maiorem Dei gloriam.

Pour la plus grande gloire de Dieu, voilà la devise des jésuites. Depuis sa création à Paris, au début du XVIème s., la Société de Jésus est missionnaire. Des ruines de l’empire de Moctezuma aux rivages de la Chine, partout ils ont cherché la plus grande gloire de Dieu, c’est-à-dire, celle de l’Eglise catholique, non sans être, parfois, arrogants et dominateurs. Aujourd’hui, Moctezuma est oublié et la Chine s’est refermée, mais de nouveaux monde immatériels s’ouvrent à tous et ils ignorent toutes les frontières.

Rites chinois

Une des plus grandes gloires de la Société de Jésus, et une des plus grandes hontes de l’Eglise, est ce que l’on a appelé la Querelle des Rites chinois. Les jésuites, grâce à leur immense connaissance de l’âme humaine et des sciences de la nature, étaient parvenus, en Chine, aux plus hauts rangs. Persuadés qu’il leur fallait séduire les élites par la puissance de leur savoir et de leur intellect avant que d’édifier le peuple par l’exemple de leur vie, ils avaient accepté de se faire mandarins. Parlant chinois, devenus des rouages à part entière de la machine administrative impériale, considérés à l’égal des plus grands lettrés chinois, ils avaient, pour mieux faire comprendre leur foi, sinisé quelques aspects de la liturgie donnant ainsi naissance à une musique qui, synthétisant le baroque européen et la tradition chinoise, est parmi les plus belles choses qui soient au monde.

Le grand malheur est que ces jésuites furent désavoués depuis Rome dans leur volonté de dire la Parole de Dieu dans la langue des mandarins et d’en rendre raison dans les catégories de la pensée chinoise. C’est ainsi que la Chine n’est pas devenue catholique romaine…

Aujourd’hui, les terres de mission ne sont plus nécessairement de ce monde et les jésuites se trouvent face à un nouveau monde, le monde immatériel des jeux en ligne. Dans La Civiltà Cattolica, Antonio Spadaro, SJ, professeur à la Grégorienne, déclare ainsi, à propos de Second Life :

“Il nous est impossible de fermer les yeux sur ce phénomène ou de précipiter notre jugement. Il est plutôt nécessaire de le comprendre… la meilleure façon de le comprendre, c’est d’entrer dedans.”

Déjà, de nombreuses églises, religions ou sectes y sont présentes. Antonio Spadaro cite même l’exemple de ce musulman suédois qui prie dans Second Life comme il le ferait dans la réalité (ce qui pose, accessoirement, la question de la direction de La Mecque).

Lieu d’égarement où toutes les perversions se cachent ou se montrent, mais aussi lieu de fuite où l’on peut montrer, sans risque, ce que l’on est ou ce que l’on voudrait être, SL est à la fois terre de mission et catacombes. Les chrétiens persécutés, comme ils le sont par le gouvernement communiste en Chine, pourraient y trouver refuge. Et cela crée un étrange écho avec le passé que nous évoquions, car s’ils sont persécutés, c’est justement parce que la curie romaine, privilégiant la lettre sur l’esprit, a rendu impossible la conversion de la Chine. Il faut espérer, pour la Société de Jésus, qu’il n’y aura pas une querelle du Virtuel comme il y a eu une querelle des Rites…

Source : CNET.


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Un commentaire pour “ Y a-t-il un (cyber)espace pour Dieu ? ”

  1. Effectivement, la musique est superbe.

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