La foi de Darwin

La querelle autour du darwinisme semble incarner à elle seule, aujourd’hui, toute la tension qu’il y a entre la foi et la science. Elle a pris une telle ampleur que les remarques, finalement assez banales, comme celles faites, récemment, par Benoît XVI, apparaissent comme radicalement novatrices et semblent troubler tout le monde en remettant en cause des lignes de partage que chacun s’imagine claires et définitives. Cependant, il y a un grand absent à ce grand débat : Charles Darwin lui-même.

Darwin

Depuis quelques années, plusieurs penseurs darwiniens se sont faits, au nom de Darwin et du darwinisme, les adversaires acharnés des grandes religions historiques. Il faut avouer qu’évoluant, pour la plupart, dans le monde anglo-saxon où la foi est héritière de Luther et de Calvin, toute contestation de la lettre des Ecritures entraîne des réactions violentes. Tant et si bien que l’agressivité d’un Dawkins peut, dans une certaine mesure, être perçue comme un mécanisme d’autodéfense face cela. Si on veut avoir une vision darwinienne des choses, il est possible de dire, après tout, que dans un tel milieu, seuls les disciples de Darwin les plus féroces et les plus hostiles à la religion ont pu survivre sans tomber dans la facilité de l’Intelligent Design. Tant et si bien que la seule tradition qui a pu s’établir, la seule qui a survécu, pour filer la métaphore, est celle qui aboutit à Dawkins.

Cependant, si l’on veut faire de Darwin une sorte d’Antéchrist et de la théorie de l’évolution la Némésis de la Révélation, et cela tant d’un côté que de l’autre (mais, finalement, beaucoup plus du côté de ses émules que de ses adversaires) qu’en est-il de la foi de Darwin et de son opinion concernant la religion ?

Tout d’abord, avant d’aller plus loin, rappelons juste un fait : Darwin est né en 1809 et il est mort en 1882 ; il a passé toute sa vie en Angleterre. Darwin est d’abord et avant tout un victorien. Il est donc à la fois foncièrement conservateur, conformiste et puritain. Ces mots sonnent, de nos jours, presque comme des injures, pourtant, ce n’est pas malgré ces traits de caractère qu’il est devenu l’un des plus grands scientifiques de l’histoire, mais grâce à eux.

Ayant compris cela, beaucoup de choses s’éclairent : le soin qu’il prend à répondre aux lettres que bien des personnes de foi lui envoient pour l’interroger, angoissées, “ce que vous dites détruit-il notre espoir ?” Mais aussi, le contenu de ses réponses : “je n’en sais pas plus que vous. J’ai exposé des faits. Je leur ai donné une explication.” Ce ne sont pas là ses propres paroles, mais je ne crois pas m’éloigner de l’esprit qui était le sien. D’ailleurs, et là, ce sont ses mots mêmes, ne disait-il pas :

“My opinion is not worth more than any other man who has thought on the subject.”

Darwin, ce victorien ordinaire, doutait et était déchiré ; son couple était déchiré. La piété de sa femme et les doutes qui étaient les siens créent un trouble et une tension dont un foyer victorien ne pouvait être que l’amplificateur. Darwin se sentait très certainement coupable de la souffrance qu’il causait à sa femme et à tous ces gens qui s’imaginent voir la mort de Dieu parce que l’idole de la sola Scriptura était brisée. Culpabilité. Le mot est lâché. Mais quoi de plus fécond que ce sentiment ? La sélection naturelle a ses propres aiguillons et la culpabilité en est un. C’est que l’intérêt de la lignée ou des gènes n’est pas celui de l’individu. La nature n’a pas pour finalité le bonheur de la personne et si elle la soumet à la torture pour la pousser à se soumettre à sa loi, peu importe !

Darwin était un victorien parmi tant d’autres et comme tant d’autres victoriens, la culpabilité faisait partie de sa personnalité. Où est donc le scientiste décomplexé et arrogant qui est, aujourd’hui, l’archétype du darwinien ? Où est donc l’athée de choc plus convaincu de l’inexistence de Dieu qu’un thug des présages de Kali ? Dans ces paroles de Darwin, peut-être ?

“Même dans mes variations les plus extrêmes, je n’ai jamais été athée dans le sens où je nierais l’existence d’un Dieu. Je pense en général, et de plus en plus souvent avec l’âge — mais pas tout le temps â€” qu’agnostique est la définition qui convient le mieux à mon état d’esprit.”

Et si, finalement, le grand adversaire toujours éludé et ignoré du darwinisme contemporain et militant était Charles Darwin en personne ?

Source : Guardian Unlimited.


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5 commentaires pour “ La foi de Darwin ”

  1. il a passé toute sa vie en Angleterre.

    oui, mais non. :)

  2. Il a fait un petit voyage dans sa jeunesse et à passé toute sa vie en Angleterre ;)

  3. J’ai toujour un peu de mal avec le conflict religion/science , je ne comprend pas comment peut on perpetuelement remettre en cause la religion tout en etant croyant , c’est comme changer de croyance du jour au lendemain , un jour on est creationiste , et le lendemain evolutioniste parceque le pape l’a dit ?

  4. Pour le pape, c’est plutôt un autre article, mais, pour préciser les choses ici, le pape n’a rien demandé, il n’a même pas parlé ex cathedra, il a juste rappelé une chose évidente pour lui (et pour beaucoup), à savoir que l’évolutionnisme n’était pas opposé au dogme catholique.

    Pour revenir au sujet initial, mon propos est juste de rappeler un fait évident qui semble totalement oublié : la quasi-totalité de l’histoire humaine s’est faite dans un cadre religieux et une bonne part des héros de l’athéisme moderne étaient des gens pieux et croyants. Le fait est que, du point de vue du discours de beaucoup de darwiniens modernes, Darwin devrait être considéré comme un crétin obscurantiste… C’est cette contradiction qui m’amuse.

  5. Jean-Baptiste Lamarck, le précurseur de Darwin.

    Au début du 19ème siècle, J.B. Lamarck, naturaliste, décrit la filiation du monde vivant.
    « Un chat nous apparaît plus proche d’un tigre que d’une taupe, mais le chat, le tigre et la taupe ont plus de caractères en commun entre eux qu’ils n’en partagent avec un crocodile. Néanmoins, chat, tigre, taupe et crocodile se ressemblent plus entre eux que chacun ne ressemble, par exemple, à un saumon. On pourrait continuer ainsi. Si ces « similitudes emboîtées » n’avaient pas échappé aux fixistes qui avaient même crée des noms de groupes – Carnivores, Mammifères, Tétrapodes, Vertébrés - ils y avaient vu une simple commodité de classification. Lamarck, lui, cherche une cause à cet ordre du monde vivant et trouve que les rapports entre le chat, le tigre, le crocodile et le saumon, etc. s’expliquent au mieux par des rapports de cousinage, chat et tigre étant deux cousins très proches, les autres étant des cousins progressivement plus lointains. Et qui dit cousin dit généalogie : si les espèces animales et végétales sont ainsi organisées, ordonnées, c’est qu’elles sont issues les unes des autres par transformation progressive. Le transformisme, antithèse du fixisme, était né… »

    50 années plus tard Charles Darwin (1809-1882) fit connaître son ouvrage majeur : ‘De l’origine des espèces par la voie de la sélection naturelle’ - « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »

    L’irréalité des croyances (fixisme) et la réalité descriptive scientifique (évolutive) sont deux entités qui ne se parlent pas, mais peuvent cohabiter tout en étant contradictoire. Deux états fonctionnels cérébraux distincts.L’immatériel n’a pas d’image, pas d’âge, pas d’évolution.

    Alors le fixisme de la religion, quel rapport avec la schizophrénie ?
    Une théorie, qui est ce qu’elle est, mais qui me semble digne d’intérêt.
    Le schizophrène fonctionne cérébralement à l’excès (Dopamine, sérotonine…).
    Son cerveau est assailli de complexité, de contradictions, de doutes, donc, il a comme seul recours la simplification explicative à l’extrême, un passéisme immobile qui lui permet de réguler, de stabiliser sa pensée.
    Le schizophrène est intimement lié au mystique. Le créationnisme, le fixisme est, pour lui, le moyen de figer son cérébral sur son histoire, son origine, dans un monde actuel qui lui est d’une perpétuelle interrogation et qui le perturbe maladivement.

    La religion est basée sur une maladie (psychose hallucinatoire) avec ses symptômes révélés d’un monde inexistant, l’irréalité du cérébral psychotique.
    Pascal Boyer, chercheur au CNRS / Et l’homme créa les dieux : «La religion est une épidémie mentale qui conduit les gens à développer des concepts religieux assez semblables.»
    Et ce n’est pas moi qui ait inscrit sur une notice pharmaceutique dédiée: «… est utilisé pour traiter une maladie qui s’accompagne de symptômes tels que entendre, voir et sentir des choses qui n’existent pas, avoir des croyances erronées…».

    Psychose, prophètes, croyances, religions : la suite logique.
    Ni Dieu, ni Diable, seulement et totalement une maladie psychiatrique.
    D’un autre âge, ceux qui se disaient en communication avec Dieu étaient et sont encore appelés «prophètes» avec leurs paroles et écrits indiscutables. De nos jours, ceux qui entendent des voix ont pour certitude que Dieu leur parle ; ce sont nos jeunes en psychose hallucinatoire paranoïde dont le traitement relève de la psychiatrie.

    Vous pouvez croire que Dieu existe et communique en toutes langues, tous patois, tous dialectes à des millions de personnes en même temps; NON, c’est votre psychose qui vous parle, de jour, avec votre vocabulaire, avec vos mots identifiés dans votre culture - d’où les diverses religions - à la manière de vos rêves et cauchemars de nuit.

    La schizophrénie, est cette « maladie trompeuse » que vous l’on appris à ne pas comprendre, le fond de commerce des religions ; nos enfants ne doivent plus en être les dégâts collatéraux. Chaque année, en France, plus de 8000 jeunes entrent dans cette maladie qu’ils ne peuvent admettre.

    Maurice Champion – Père de jumeaux psychotiques.
    Bienvenue sur mon site : http://monsite.orange.fr/champion20

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