Dans la malle de Newton

Philosophiae naturalis
Alors que science et religion s’affrontent au sein des universités occidentales, Jeff Jacoby s’amuse, dans le Boston Globe du 22 juillet dernier, à ridiculiser les difficultés qui les font se dresser l’une contre l’autre (ou plutôt certains de part et d’autre). Pour ce faire, il interroge le lecteur :

Avez-vous entendu parler, dit-il, de ce fondamentaliste qui voulait enseigner la physique à l’Université de Cambridge ? Cet aspirant enseignant n’était pas simplement un chrétien, il se préoccupait des prophéties bibliques sur lesquelles il avait écrit un livre intitulé “Observation sur les prophéties de Daniel et l’Apocalypse de Saint Jean”. S’appuyant sur sa lecture de Daniel, il prévoyait la date de l’Apocalypse juste en 2060. Il avait aussi calculé l’année de la création du monde. Quand la Genèse I, 1 dit “Au commencement”, il détermine que cela voulait dire en 3988 av. J.-C.

Il précise que cet homme ne se contente pas de cela et qu’il ne parle même pas d’Intelligent Design, mais directement de Création divive ! Pour tous les Richard Dawkins de la terre, un tel homme devrait finir, comme Jacoby s’amuse à le dire, dans un obscur collège presbytérien de la Bible Belt

En fait, cet homme est, tout simplement, Newton, lequel a occupé la chaire lucasienne à l’Université de Cambridge de 1669 à 1701. La thèse de l’auteur est simple :

Soyez-en sûr, les dogmes religieux peuvent être un bandeau empêchant de voir la vérité à ceux qui refusent de la voir. Les dogmes scientifiques peuvent avoir le même effet. Ni la foi, ni la raison ne peuvent répondre à toutes les questions. Ainsi que le savait Newton, la plus sûre voie vers la sagesse est celle qui laisse de la place pour les deux.

Nous ne sommes guère éloignés des premiers mots de l’encyclique Fides et Ratio :

La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité.

C’est là, d’ailleurs, peut-être trop accorder à la foi, car celle-ci n’a sans doute pas le même sens chez Jacoby qu’au sein de l’Eglise… Toutefois, il y a un incontestable fond de vérité qui peut se résumer à ce qu’écrivait Loup Verlet dans un article consacré à la raison baroque chez Descartes et Newton dans la revue Littérature classique de l’automne 1995 :

…Newton ne livre au public qu’une science obéissant aux critères stricts qui, depuis lors, sont les nôtres, et il garde pour lui ce qui nous apparaît comme le fruit de préjugés et de croyances d’un autre âge.

Je crois que tout est là. La foi (ne serait-ce qu’en la raison) et la raison sont nécessaires, mais distinctes. Elles sont des moments différents qu’il est très important de ne pas confondre. Si Newton a pu croire en des choses qui nous paraissent folles aujourd’hui (et qui paraissaient déjà plus que douteuses à son époque) tout en participant au déploiement de la raison, c’est qu’il a su faire, tout simplement, la part des choses.

Source : Boston Globe, via Integrity of Science.

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