
Richard Dawkins est, incontestablement, une personnalité qui marquera l’histoire des sciences et, sans doute, de la philosophie. Le célèbre ouvrage qui l’a fait connaître au monde, Le gène égoïste, a joué un rôle considérable dans les changements de perspective opérés ces dernières années chez beaucoup de savants, que ce soit dans les sciences de la vie ou dans les sciences humaines.
En affirmant que “nous sommes des machines créées par nos gènes”, il a changé la substance de la compréhension du darwinisme chez beaucoup de gens. En écrivant :
Plutôt que de nous noyer dans les détails, pouvons-nous réfléchir aux qualités universelles que nous nous attendrions à trouver dans l’ensemble des bons gènes (c’est-à-dire immortels) ? A l’inverse, quelles sont les propriétés qui font qu’un gène est “mauvais” et qu’il ne vit pas longtemps ? Il pourrait y avoir plusieurs propriétés universelles de ce genre, mais il y en a une qui est particulièrement utile à ce livre : au niveau du gène, l’altruisme doit être mauvais et l’égoïsme bon. Cela provient rigoureusement de nos définitions de l’altruisme et de l’égoïsme. Les gènes sont directement en concurrence avec leurs allèles pour la survie, puisque les allèles du pool génique se concurrencent pour avoir une place sur les chromosomes des générations futures. Tout gène qui se comporte de manière telle qu’il accroît ses propres chances de survie dans le pool génique aux dépens de ses allèles aura par définition tendance à survivre. Le gène est l’unité de base de l’égoïsme.
…il a jeté une grosse pierre dans le petit jardin de banlieue des éthiciens étriqués.
Il ne s’agit donc nullement de minorer son importance et, peut-être, son génie que de dire qu’à côté de tout cela il touche, parfois, à l’essence même du casse-burnisme scientiste surtout quand il se prend à mener sa petite croisade anti-religieuse. Larry Arnhart, sur son excellent blog, Darwinian Conservatism, rappelle ceci :
But as I have argued in my books and on this blog, there is no necessary conflict between Darwinism and religion. Although Darwinian science cannot confirm or deny the theological doctrines of religion, it can recognize the practical truth of religion as satisfying certain natural human desires in ways that foster social cooperation. This sustains the conservative view of religion as important for supporting morality and political order.
En effet, l’opposition entre le phénomène religieux et l’évolutionnisme darwinien n’a rien de si nécessaire que ce que Dawkins croit et veut faire croire à tous. Certes, la réconciliation de l’évolution et de la religion telle que la pratiquent les adeptes de l’Intelligent Design n’est, le plus souvent, qu’une double escroquerie qui ne respecte pas plus les règles de la science que l’exigence de rationalité de la théologie. Mais l’absence d’opposition ne signifie pas l’osmose, la coopération ou la compréhension mutuelle : simplement de ne pas perdre trop de temps à médire de l’autre…
L’origine de ce problème est que le darwinisme est né et s’est développé, essentiellement, dans le monde anglo-saxon où la lecture littérale de la Bible, la sola scriptura des premiers temps de la Réforme, était la norme. Il y a donc eu un affrontement, dès l’origine, entre d’une part des sectes protestantes qui faisaient de la lettre même (celle qui tue l’esprit chez saint Paul) des Ecritures une vérité absolue et d’autre part des savants qui voyaient bien que si l’évolution était vraie, alors la Genèse n’était pas le manuel de biologie qu’on voulait leur faire croire… Depuis lors, nous vivons sur cette opposition stérile et c’est une très bonne chose que des gens comme Larry Arnhart ou comme David Sloan Wilson (dont Arnhart signale ce texte) remettent Dawkins à sa place sans pour autant faire la moindre concession aux adeptes de l’Intelligent Design (lesquels se débrouillent en général très bien pour se ridiculiser sans nécessiter l’aide d’un tiers).
Source : Darwinian Conservatism.


Le musée du créationisme confirme la dernière phrase:-)