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Testostérone et économie

Epouillage

Pour qu’une machine fonctionne correctement, il faut qu’elle soit bien réglée. Il en va de même de la machine humaine.

Un des réglages de l’être humain se fait par les hormones.

According to researchers, the finding demonstrates that our hardwired biology can cause us to make irrational economic decisions.

Pour arriver à cette idée de l’influence hormonale sur les choix économiques, Terry Burnham de l’université d’Harvard a soumis 26 étudiants (mâles) au jeu dit de l’ultimatum qui est bien connu en théorie des jeux. Il consiste, en général, à donner une somme X à une personne qui doit donner une partie Y de X à une seconde personne. Si cette seconde accepte le marché, alors, la première garde une somme égale à X-Y et l’autre égale à Y ; dans le cas contraire, ni l’une ni l’autre ne garde quoi que ce soit. Bien sûr, aucune négociation n’est possible, c’est one shot

La variante de Burnham est la suivante :

Each subject started out with $40 and could anonymously offer either $5 or $25 of this sum to another player.

Il y a donc deux offres : une généreuse, et l’autre non. De plus, il a prélevé, au préalable, des échantillons de salive pour évaluer le taux de testostérone de chacun. Le résultat de la corrélation entre les deux séries de données est le suivant :

Comparing the hormone data with the results of the money game showed a correlation between high testosterone levels and an increased likelihood of refusing the low, « unfair » offer of $5.

Ainsi, plus le taux de testostérone est élevé, plus les chances de refuser l’offre la moins généreuse sont fortes.

Rappelons tout d’abord que refuser cette offre a deux conséquences négatives : 1. ne pas gagner les 5 $ et 2. en faire perdre 35 à l’autre ; tandis que l’acceptation permet de gagner 5 $ et dans faire gagner 35. Le refus de cette offre est donc bien un acte dirigé contre l’autre, puisqu’il s’agit de l’empêcher de gagner plus que soi, quitte à ne rien gagner du tout… Ce n’est donc pas un choix rationnel absolu, comme le nécessitent nombre de théories économiques, mais d’un choix relatif à un contexte qui dépasse largement celui de l’économie, le but d’une telle décision est bel et bien de ne pas laisser l’autre prendre l’ascendant même si cela coûte.

He speculates that testosterone produces a greater aversion to unfair deals because the hormone is linked to dominance-seeking behaviours.

In other words, Burnham believes that high-testosterone men reject measly offers because accepting such deals would put them in a subordinate social position. He adds that our ancestors who accepted a subordinate position probably faced an evolutionary disadvantage.

Cette constatation prend une tout autre dimension quand on prend en compte le fait que ceux qui ont un haut taux de testostérone ont aussi tendance à plus faire souvent l’offre la plus généreuse.

This, he says, is in line with the idea from primate studies that found high testosterone males sometimes play a « magnanimous and peacekeeping » role.

Qu’on le prenne d’un côté, comme de l’autre, il s’agit donc bien là d’une relation de mâle dominant à mâle dominé qui évoque fortement l’épouillage mutuel chez les grands singes. Il est clair dans cette expérience que la testostérone (hormone liée à l’activité reproductive) provoque l’agressivité chez le dominé et la générosité chez le dominant ce qui est parfaitement compréhensible en termes darwiniens : le mâle dominé doit bousculer l’ordre établi pour pouvoir se reproduire tandis que le mâle dominant a tout intérêt à maintenir le statu quo.

Bien sûr, d’autres hormones entrent, sans doute en jeu, et les facteurs culturels peuvent jouer d’autant plus qu’ils sont tus dans cette expérience puisque rien n’est dit sur l’origine des étudiants. En effet, le pourcentage de refus d’une offre de 20% de la somme initiale (l’offre la moins généreuse dans l’expérience présente) varie de 0 à 100 suivant les cultures.

Toujours est-il que cette expérience montre deux choses : d’une part que la rationalité des agents économiques met en jeu de tout autres facteurs que les facteurs économiques et d’autre part que certaines attitudes sociales sont biologiquement déterminées (et donc ajustables). De là à imaginer que cela devienne un argument polémique pour justifier les succès de l’économie de marché chez certains et ses échecs chez d’autres, il n’y a qu’un pas.

Aurons-nous un génétisme social comme il y a eu un darwinisme social ?

Source : New Scientist.



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3 commentaires pour “ Testostérone et économie ”

  1. Plutôt relation complexe entre vulnérabilité génétique, éléments de personnalité, environnement, interactions entre les systèmes endocriniens et dopaminergiques, et sérotoninergiques…  

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  2. Pour éclairer ce que j’avais écrit ici par des éléments plus savants que les miens : Sérotonine et commerce équitable.  

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