La mutation des menaces

Brave New War

Dans une récente interview, John Robb s’explique à propos de son dernier livre, Brave New War. Dans cet ouvrage il met l’accent sur le fait que les sociétés modernes occidentales sont particulièrement fragiles face au terrorisme. De même que les puissants ordinateurs et leurs programmes complexes peuvent subir de grave dommage de la part de virus relativement basique, il suffit de quelques cutter et d’un peu d’obscurité pour plonger des centaines de millions de gens dans la peur.

John Robb explique :

To understand this, you need to understand that classic symbolic terrorism is plagued by diminishing returns. The more you use it, the less of an effect it has. So, in order to match or exceed previous impacts, you need to increase the scale or breadth of the attack.

En effet, le terrorisme n’est efficace que quand il frappe les esprits, ce qui n’est possible que s’il est de l’ordre de l’exception, voir de l’inattendu absolu. Il lui faut donc aller crescendo sous peine d’être intégré dans le fonctionnement normal d’une société. Il ressort de là qu’il est impératif que les sociétés qui lui font face sachent le traiter, en quelque sorte, avec mépris. Elles doivent, par conséquent, tout faire pour éviter que la peur radicale cachée sous l’idée de principe de précaution ne débouche sur le sécuritarisme, la dramatisation et, finalement, la paralysie totale. D’autant que cette menace latente, qu’illustre le terrorisme, peut venir d’autres sources multiples :

…the system shocks we will face from a heavy interconnected world won’t only originate from global guerrillas. There will be lots of sources, from pandemics (bird flu) to global warming to peak oil to many we can’t imagine. The key to surviving them all in a way that doesn’t diminish us longer term is to decentralize resilience.

Ce que John Robb explique c’est qu’il ne faut pas donner de réponses centralisées, collectives, qui pèsent sur les sociétés, finalement, beaucoup plus lourdement que les menaces qu’elles sont censées prévenir. Cela peut prendre, grossièrement, deux formes. En effet, la centralisation, la massification et l’étatisation systématique des réponses placent, selon lui, celui qui les donne dans une posture analogue à celle de l’URSS confrontée, dans les années 80, aux forces centrifuges qui allaient la mener à sa perte. La première forme que peut prendre cette menace est donc l’obésité de l’Etat (ou, plus généralement, des entités collectives). La seconde, qui en découle, est que des menaces aussi infimes soient-elles, mettraient en cause tout le système, tant et si bien que John Robb va jusqu’à dire que les E.-U., s’ils cédaient définitivement à ce penchant, pourraient être menacés par des structures telles que de simples gangs urbains.

La solution qu’il propose est simple :

So what’s left? Decentralized resilience and muddling through the problems we face as they come by diminishing their impact. No grand projects (if I had a dollar for how many times I have heard people call for a Manhattan project to solve xyz…), no universal comity, just messy reality.

Il s’agit donc, avant tout, d’une solution individuelle, non pas la fuite dans les bois sur le mode survivaliste, ni le choix de faire comme si rien ne se passait, mais l’acceptation de certains risques et la ferme résolution dans l’application des solutions classiques qui, le contexte ayant radicalement changé, pourraient donner des résultats tout à fait nouveaux…

Source : TCS Daily.


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8 commentaires pour “ La mutation des menaces ”

  1. 1- Sur l’image illustrant ce post, je crois reconnaître un fusil à impulsion issu d’Alien vs Predator (le jeu) et du film Alien 2. Curieux.

    2- Je ne suis pas certain que le terrorisme apocalyptique ne vise qu’un effet médiatique, excentrique, original. Faire couler le sang massivement et simplement peut-être une très bonne motivation. Je pense qu’Al-Qaeda ou ce que nous nommons comme tel est entre le spectaculaire et le massif.

  2. Pour le 1., il n’y a pas d’explication et il n’y en aura jamais :p

    Pour le 2., je pense, en effet, que le royaume de terreur d’Al-Qaeda n’est sans doute pas de ce monde et qu’il a sa logique propre qui se moque résolument de ce que nous en percevons.

  3. A vrai dire, la résilience et tout ce qui tourne autour me paraît un gigantesque aveu d’échec des grands “experts” anti-terroristes/géopolitique, payés rubis sur l’ongle, face à des changements/menaces devant lesquels ils sont profondément largués.

  4. Si l’alternative, c’est vigipiratisation du monde (laquelle ne va pas sans poser d’étranges problèmes), ma foi, je préfère la résilience ;)
    Cela dit, je ne pense pas que l’auteur en question s’inscrive dans le contexte “d’échec des grands “experts”” évoqué.

  5. Quelques précisions. J’ai bien compris que l’alternative “flicage intégral” n’est guère reluisante.
    Mais le rôle des penseurs est aussi de proposer des alternatives, non ? Et la résilience (concept défendu en Europe par Joseph Henrotin, l’inventeur, si je ne m’abuse, du concept de méso-terrorisme) me paraît limitée, et ne fait pas figure d’alternative viable, à mes yeux.
    Bon, je suis un peu fatigué, hein.

  6. Je crois surtout qu’il faut cesser de vouloir vivre avec un risque zéro, et cesser de penser que la centralisation de la défense permet un meilleure sécurité générale.
    Changer profondément de paradigme, quoi.

  7. Ce livre c’est un roman lisible ?
    Ça a l’air très intéressant.

    PS : Très bon blog.

  8. Ah, mais, ce n’est pas un roman :

    “For my money, John Robb, a former Air Force officer and tech guru, is the futurists’ futurist.”-Slate In Brave New War, controversial terrorism expert John Robb argues that the shift from state-against-state conflicts to wars against small, ad-hoc bands of like-minded insurgents will lead to a world with as many tiny armies as there are causes to fight for. Our new enemy will be looking for gaps in the system where a small, cheap action-on an oil pipeline or the power grid-will generate a huge return. Taking steps to combat the shutdown of the world’s oil, high-tech, and financial markets could cost us the thing we’ve come to value the most: worldwide economic and cultural integration. Brave New War makes the debate-changing argument we can’t afford to ignore. John Robb (Boston, MA) is a former U.S. counterterrorism operation planner and commander who now advises corporations on the future of terrorism, infrastructure, and markets. His writings on war have appeared in the New York Times and Fast Company.

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